Recherche scientifique en Afrique : coopérer avec le monde sans perdre la maîtrise de ses découvertes

ÉDITORIAL · RECHERCHE SCIENTIFIQUE

Recherche scientifique en Afrique :
coopérer avec le monde sans perdre la maîtrise de ses découvertes

Éditorial — Félicité Amaneyâ Râ VINCENT

RADIOTAMTAM AFRICA
La Parole est une Force.

Données de santé, biodiversité, intelligence artificielle, cybersécurité : les partenariats internationaux peuvent accélérer la recherche africaine. Mais qui décide de l’usage des résultats, détient les droits sur les inventions et bénéficie des innovations ?

La sécurité de la recherche suscite un débat au Royaume-Uni : comment protéger les connaissances sensibles tout en maintenant les collaborations internationales ? Les autorités britanniques recommandent aux universités d’évaluer les risques liés à leurs partenariats, sans renoncer aux échanges scientifiques. (npsa.gov.uk)

Pour l’Afrique, cette question prend une dimension supplémentaire. Il ne s’agit pas seulement de prévenir l’espionnage ou la fuite d’informations. Il s’agit aussi de garantir que les scientifiques, les institutions et les populations du continent gardent leur place dans les décisions et dans les bénéfices issus de leurs recherches.

Financer la recherche sans céder ses résultats

Un financement étranger peut rendre possible un laboratoire, former des chercheurs ou accélérer la découverte d’un traitement. Le risque apparaît lorsque les conditions du partenariat laissent à l’institution africaine un rôle limité : collecter des échantillons ou des données, tandis que l’analyse, les brevets et les applications commerciales sont contrôlés ailleurs.

Ce risque mérite une attention particulière pour les recherches sur la biodiversité, les génomes, les données de santé et les ressources minières. L’Organisation mondiale de la santé souligne, par exemple, que le partage des données génomiques doit s’accompagner de règles éthiques et d’un accès équitable aux bénéfices de la recherche. (who.int)

Avant de signer, les partenaires devraient donc pouvoir répondre clairement à quatre questions : qui détient les données, qui peut les réutiliser, qui possède les droits sur les découvertes et quelles retombées reviennent aux institutions et aux communautés concernées ?

Face à la rivalité des puissances, choisir selon les intérêts africains

La concurrence technologique entre la Chine et les pays occidentaux place les institutions africaines devant des offres de financement, d’équipement et de formation, mais aussi devant des attentes politiques et sécuritaires parfois divergentes.

Réduire ce choix à une opposition entre Pékin et l’Occident serait une impasse. Un laboratoire africain doit pouvoir évaluer chaque coopération selon ses propres priorités : la qualité scientifique du projet, le transfert réel de compétences, les conditions d’accès aux équipements, la protection des données et la liberté de publier les résultats.

La souveraineté scientifique ne signifie pas l’isolement. Elle suppose la capacité de négocier, de diversifier ses partenaires et de refuser des clauses qui priveraient les chercheurs locaux de leur travail.

Donner aux universités les moyens de négocier

La protection de la recherche ne repose pas sur les seuls scientifiques. Elle exige des compétences juridiques, des règles de propriété intellectuelle, des procédures d’examen des partenariats et des moyens de sécurité informatique. Sans ces appuis, une université peut difficilement apprécier toutes les conséquences d’un contrat international.

Les États africains ne partent pas de zéro. L’Union africaine dispose d’une Stratégie pour la science, la technologie et l’innovation en Afrique à l’horizon 2034. Le défi est désormais de traduire cette ambition en moyens durables pour les universités et les centres de recherche. (au.int)

Cela passe notamment par des financements nationaux et régionaux plus stables, des équipes capables d’examiner les contrats, ainsi que des accords précisant dès le départ les droits de publication, de brevet et d’utilisation des données.

Protéger les technologies à double usage

Certaines recherches peuvent servir à la fois des objectifs civils et des usages militaires ou de surveillance. C’est le cas de certaines applications de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité, des drones ou de l’analyse de données.

Ces possibilités ne justifient pas de fermer les laboratoires africains aux collaborations extérieures. Elles justifient un examen plus rigoureux des projets sensibles : identité des partenaires, destination des résultats, accès aux systèmes et conséquences possibles pour les droits et la sécurité des populations.

Une diplomatie scientifique conçue par l’Afrique

L’Afrique a besoin de coopérations scientifiques ambitieuses. Elle a tout autant besoin de pouvoir en fixer les conditions.

Une diplomatie scientifique africaine solide protégerait les chercheurs sans freiner leur travail. Elle favoriserait des partenariats dans lesquels les connaissances circulent, les équipes locales progressent et les bénéfices des découvertes sont partagés équitablement.

La véritable question n’est donc pas de savoir avec quelle puissance coopérer. Elle est de savoir ce que chaque coopération permet à l’Afrique de construire et de conserver.

Comment l’Afrique peut-elle protéger ses données, ses découvertes et ses chercheurs tout en développant ses partenariats scientifiques internationaux ?

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