[Étude] Quel impact du coronavirus sur le milieu journalistique ?

17 octobre 2020 à 16h42 - 420 vues

Par RadioTamTam

Les journalistes et professionnels des médias ont subi de nombreuses pressions durant la première vague du covid-19 : psychologiques, économiques et sanitaires. L’infodémie a rendu leur travail d’information de plus en plus complexe.

Mais au delà de ces difficultés se dessine une opportunité importante, celle de ré-inventer un métier en crise de sens depuis de longues années. Epuisés, les journalistes affirment être aussi plus impliqués dans leur travail et davantage à l'écoute de leur public.

Une enquête mondiale - 1406 répondants répartis dans 125 pays - réalisée par l’ICFJ et le Tow Center for Digital journalism de l’Université Columbia rend compte de ces évolutions.

Des conditions de travail de plus en plus difficiles

1. L'impact psychologique de la crise sanitaire

Les journalistes ont été exposé quotidiennement à des gens en souffrance, à la mort et à des services hospitaliers saturés. Ils ont pris des risques dans un contexte où le respect du protocole sanitaire n’était pas toujours possible.

  • 70% des répondants estiment que couvrir les 6 mois de pandémie a eu un impact sur leur santé mentale. 
  • 30% des répondants déclarent que leur employeur ne les a pas équipé de protection suffisante pour se rendre sur le terrain.

2. Un secteur sous pression économique

Le secteur journalistique a subi de plein fouet la crise. Les licenciements se multiplient depuis le début de la pandémie ainsi que les plans d’austérité.

  • 67% affirment que la pandémie a accru leur insécurité financière.
  • 17% des répondants affirment leur employeur a connu une baisse de revenu de 75% ( et 43% plus de la moitié de ses recettes)
  • 18% des répondants déclarent que leur employeur a demandé une aide d’urgence.
  • 7% affirment que leur média a cessé toute édition print et 11% qu’il a réduit son activité print.

3.Des journalistes de plus en plus harcelés

Les journalistes ont subi des menaces accrues dans la couverture de la pandémie. Ces menaces incluaient du cyber-harcèlement via des attaques de sécurité, des vols de données et de la surveillance en ligne.

  • 20 % des journalistes estiment qu’ils ont subi davantage de menaces qu’auparavant.

Un tsunami de désinformation

1. Peu de transparence de la part des sources

Dans un contexte de crise où l’enjeu politique est fort, les sources des journalistes ne sont pas forcément fiables. 

  • 46% des répondants identifient les politiciens et les élus comme des sources principales de désinformation
  • 48% des répondants affirment que leurs sources avaient peur des représailles en se confiant à la presse.

2. Un contexte d'infodémie

Les journalistes doivent faire face à une explosion de la désinformation. Cette infodémie augmente leur charge de travail. Ils doivent vérifier systématiquement toutes les fake news afin de les sourcer et de les corriger.

  • Plus ⅓ des répondants (35%) déclarent avoir fait face à de la désinformation plusieurs fois par semaine et 28% estiment y avoir fait face plusieurs fois par jour.

  • ⅔ des répondants (66%) affirment avoir fait face à de la désinformation sur Facebook et presque la moitié sur Twitter (42%).
  • Plus d’⅓ (35%) ont mentionné avoir reçu des fausses informations via WhatsApp
  • 22% ont identifié des fake news sur YouTube.

 

3. Une collaboration difficile avec les plateformes sociales

Le travail de vérification ne s'arrête pas là. Les journalistes signalent les fake news auprès des plateformes sociales, principales propagatrices de cette désinformation. Un travail considéré comme assez vain puisqu'en général ces plateformes ne réagissent pas.

  • 82% des répondants déclarent avoir signalé une fausse information à au moins une des plateformes sociales durant la pandémie.
  • 46% des répondants se déclarent insatisfaits de la réponse des plateformes en cas de signalement.

Un métier journalistique qui retrouve du sens

1. Contribuer à plus de transparence et de démocratie

Mais cette crise, aussi difficile soit-elle, a contribué à ré-injecter du sens dans le métier de journaliste. Les journalistes se sentent davantage impliqué dans leur métier avec deux missions principales : combattre la désinformation et vulgariser une information scientifique complexe dans un contexte de panique générale.

  • 67% expriment le besoin d’être formés à la vérification de l’information.
  • 66% veulent être formé au domaine de la santé et de la médecine.

2. Co-construire les sujets avec le public

Les journalistes - assignés à résidence par le confinement  - ont davantage fait appel au public et aux citoyens pour réaliser leurs sujets. 

  • 67% des répondants déclarent utiliser davantage les outils digitaux pour enquêter 
  • 31 % utilisent davantage les communautés en ligne pour construire des sujets
  • 23% se servent de user generated content
  • 11% misent désormais sur l'expertise des publics et des citoyens.

3. Se mettre davantage à l'écoute

Touchés de plein fouet par la crise, les journalistes se sont mis davantage à l'écoute de leurs publics.

  • 24% des répondants déclarent avoir travaillé davantage pour identifier les besoins des lecteurs.
  • ¼ des répondants déclarent avoir obtenu plus de retours positifs sur leur travail

Le bilan de cette étude ?

Les journalistes sortent exsangues de cette pandémie mais valorisés. La confiance du public envers leur travail a augmenté. Un constat encourageant qui permettra aux professionnels de faire bouger les lignes d'un secteur qui n'a jamais été autant menacé.

Crédit photo de Une : Etienne Godiart, Unsplash.

Source : Méta-Média

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