Soutien au moral et colis : avec les associations qui aident les étudiants précaires

24 janvier 2021 à 15h56 - 222 vues

Les étudiants en précarité alimentaire se retrouvent dans les locaux de la Maison des initiatives étudiantes, dans le quartier de la Bastille à Paris, le 16 janvier 2021.  • JULIE LIMONT/HANS LUCAS POUR LA VIE

Par RadioTamTam

[Reportage] En pleine crise sanitaire, des associations étudiantes mettent en place des distributions de colis alimentaires pour venir en aide à leurs camarades en difficulté, comme dans le quartier de la Bastille, à Paris.

Gantés, masqués, emmitouflés dans leurs anoraks et engourdis par le froid, une dizaine de jeunes se sont réfugiés sous le hall d’entrée de la Maison des initiatives étudiantes (MIE), dans le quartier de la Bastille, à Paris, le 16 janvier 2021. Ils sont en plein courant d’air, mais c’est toujours mieux que de rester sous la neige qui tombe abondamment en ce matin d’hiver.

Leur Smartphone à la main, qu’ils ne quittent pas des yeux, ils se sont mis sagement à la queue leu leu dans la file d’attente en train de se constituer. Beaucoup ont le regard baissé comme s’ils étaient intimidés de se retrouver là. Âgés de 18 à 25 ans, tous ont répondu à l’appel lancé quelques jours plus tôt sur les réseaux sociaux par Co’p1.

Cette association a été fondée par et pour des étudiants pendant le premier confinement afin de porter assistance aux étudiants dans le besoin. Elle distribue ce matin des colis alimentaires et des produits de première nécessité. Debout derrière une table de jardin, les bénévoles de l’association tentent de réchauffer l’ambiance en proposant du thé et du café. L’occasion d’échanger un premier regard, un sourire.

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Certes il y a l'argent et l'alimentation, mais la détresse est aussi psychologique chez les étudiants, dont ceux venus de l'étranger souffrent particulièrement.

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Mais le cœur n’est pas à la fête. « C’est la troisième fois que je viens ici, je n’arrive pas à m’y faire », confie Arthur, 19 ans, étudiant en prépa scientifique. Originaire de Montpellier, le jeune homme vit en colocation avec sa sœur, dans le XIIIe arrondissement de Paris. À eux deux, ils ne disposent que de 200 € par mois, une fois le loyer et les factures réglés. « Nos parents ne peuvent pas nous donner plus. Nous faisons avec. Mais depuis la fermeture du resto U, nous ne parvenons plus à boucler notre budget. Et même en allant faire nos courses chez Lidl, nous n’arrivons plus à manger correctement. »

Budgets très serrés et génération sacrifiée

« Les fins de mois sont difficiles », confirme Kévin, 20 ans, qui termine une licence d’anglais. « Je mange pour 25 € par semaine, pas plus. C’est simple, c’est pâtes le midi et pâtes le soir, depuis des mois. Je me serre la ceinture. Je saute des repas pour faire des économies. » Le colis alimentaire préparé avec soin par des bénévoles de son âge est plus que bienvenu pour lui.

Parmi les volontaires, certains ont déjà eu l’occasion de bénéficier de ce petit coup de pouce. « La première fois que je suis venue ici, c’était pour retirer un colis », confie Alice, 22 ans, qui, depuis, a rejoint l’équipe. Par solidarité, bien sûr, mais aussi parce que cela lui donne l’occasion de sortir et de rencontrer des jeunes de son âge. « C’est horrible de rester enfermée chez soi, sans voir personne, lance-t-elle. Même si ça ne remplace pas le fait de se retrouver à la terrasse d’un café ou de sortir faire la fête, on est bien ici et l’ambiance est chaleureuse ! » Comme elle, beaucoup de bénévoles vivent dans des conditions précaires.

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Les colis contiennent des denrées alimentaires mais aussi des produits d'hygiène.

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Le cas des étudiants étrangers, isolés et loin de leur famille, est également très pénible. « Je n’ai pas de travail, je vis seule, ma famille est à l’étranger et ça fait du bien de savoir que j’aurai de la nourriture pour les prochains jours », confie un jeune d’origine chilienne. « Je vis dans une chambre en résidence universitaire, je ne peux plus donner les cours particuliers d’espagnol qui me permettaient de subvenir à mes besoins. Cette distribution va m’aider à me nourrir correctement. »

Pour Élise, 23 ans, étudiante en éducation physique et sportive, à Créteil, dans le Val-de-Marne, cette aide est salutaire. « Quand on fait du sport de manière intensive, on ne peut pas avoir l’estomac à moitié vide ou se contenter de bouffer des pâtes, explique-t-elle. Je ne comprends pas que le gouvernement ne fasse rien pour nous. Il pourrait au moins instaurer un RSA pour les jeunes ou quelque chose comme ça. Avec mes amis, nous avons l’impression que notre génération a été sacrifiée pour sauver les vieux dans les hôpitaux. »

20 % des étudiants vivaient déjà sous le seuil de pauvreté

À l’entrée de la Maison des initiatives étudiantes, les jeunes sont maintenant près d’une centaine. Placés les uns derrière les autres, à un mètre de distance, ils attendent patiemment que la distribution commence pour recevoir leur précieux colis.

Ce matin, grâce aux renforts apportés par l’association partenaire Du beurre dans leurs épinards, les bénéficiaires auront droit à un carton supplémentaire. Au menu : fruits et légumes, soupes, céréales, gâteaux, féculents, yaourts, œufs, plats préparés, produits d’hygiène (protections périodiques, kit de blanchiment des dents, dentifrice pailleté…), mais aussi quelques petits plaisirs (boissons énergétiques, chips ou barres chocolatées). Sans oublier la fameuse boîte surprise Blissim, avec ses crèmes et ses produits de beauté.

« Une manière d’apporter un peu de légèreté et de bonne humeur pour remonter le moral des jeunes », confie Laure Guéguen, l’une des coordinatrices du projet. « Nous voulons aider les étudiants à retrouver le sourire et à vivre le plus normalement possible dans une période, elle, anormale. » Pas facile, en effet, de conjuguer précarité, couvre-feu et cours en distanciel, en passant sa journée devant un ordinateur, enfermé dans une chambre d’étudiant. Beaucoup ont découvert cette précarité à l’issue du premier confinement, même si 20 % des étudiants vivaient déjà sous le seuil de pauvreté. Pour ceux-là, la crise sanitaire n’a fait qu’aggraver les choses.

Détresse financière et psychologique

Au-delà des besoins alimentaires, auxquels il est urgent de répondre, « il existe une détresse étudiante invisible », affirme Ouriel Darmon, cofondateur de la plateforme numérique Student Pop qui, en temps normal, aide les étudiants à trouver le job dont ils ont besoin.

C’est lui qui, par le biais de l’entreprise qu’il dirige, a lancé le mouvement Du beurre dans leurs épinards. « Nos étudiants ont été durement touchés par l’épidémie. Confinés, parfois seuls et avec peu de moyens, certains ont vu leurs stages et alternances s’envoler, d’autres ont perdu leur emploi ou le petit boulot qui leur permettait de financer leurs études. Beaucoup ne savent plus où ils en sont et s’inquiètent pour leur avenir. Ils sont désorientés, dans tous les sens du terme. »

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Des bénévoles des associations Du Beurre dans leurs épinards et de Co'p1, ensemble pour distribuer les colis de victuailles.

• JULIE LIMONT/HANS LUCAS POUR LA VIE

C’est le cas de Sarah, 21 ans, étudiante de deuxième année de lettres à la Sorbonne. « Mes relations avec mes parents sont très compliquées », confie la jeune femme, originaire de Drancy, en Seine-Saint-Denis, venue à Paris pour suivre ses études, mais aussi pour quitter le cocon familial. « Mon père paie mon abonnement pour les transports et mes factures de téléphone, mais je ne veux rien lui devoir en plus. Et je ne veux surtout pas qu’il soit au courant de ma situation, sinon il m’obligerait à rentrer à la maison, ce que je ne veux pas. »

Logée dans une chambre de bonne d’à peine 10 m2, qu’elle paie 375 € chaque mois, grâce à ses allocations (300 €) et sa bourse universitaire (160 €), l’étudiante ne dispose, après avoir réglé l’électricité et d’autres dépenses courantes, que de 50 € par mois pour se nourrir.

Outre les difficultés financières, ce qui lui pèse le plus, c’est la solitude et l’absence de vie sociale. Souffrant d’une dépression, cette étudiante qui vit sous anxiolytique est suivie par le service psychiatrique de l’hôpital Sainte-Anne, à Paris. « Les seuls jeunes de mon âge que je fréquente aujourd’hui sont soit dépressifs, soit suicidaires, soit autistes », confie la jeune femme, le regard triste.

Elle ajoute : « Il est temps que tout cela s’arrête. Lors de la rentrée scolaire, j’allais mieux car j’avais pu reprendre mon activité de surveillante dans un lycée de Créteil. Au moins, ça me faisait sortir de chez moi. Mais tout cela s’est arrêté brutalement en octobre. J’aimerais tellement que ce Covid n’ait jamais existé. »

De nouvelles mesures en faveur des étudiants


Moins d’une semaine après notre reportage et après une mobilisation étudiante, Emmanuel Macron est allé à la rencontre des étudiants à l’université de Paris-Saclay (Essonne), jeudi 21 janvier 2021. Même s’il exclut un retour à la normale dans les prochaines semaines, le Président a annoncé souhaiter la présence en cours au moins un jour par semaine et promet deux repas par jour à 1 € dans les restaurants universitaires.

source : lavie.fr

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