Hausse des frais universitaires en France : l’Afrique doit construire ses propres universités

ÉDUCATION ET SOUVERAINETÉ

Hausse des frais universitaires en France : l’Afrique doit construire ses propres universités

Par Félicité Amaneyâ Râ VINCENT

Journaliste, éditorialiste, fondatrice et rédactrice en chef de RADIOTAMTAM AFRICA

RADIOTAMTAM AFRICA — La Parole est une Force

Un rapport sénatorial français propose une transformation profonde du financement et de l’accès à l’université. Parmi les recommandations les plus controversées figurent une forte augmentation des droits d’inscription et la remise en question de l’accès automatique des bacheliers aux études supérieures.

Selon les propositions présentées par le Sénat, les droits d’inscription des étudiants non boursiers pourraient atteindre environ 900 euros par an en licence et 1 300 euros en master, contre respectivement 178 euros et 254 euros actuellement. Les rapporteurs souhaitent également permettre aux universités de fixer plus librement leurs capacités d’accueil et d’évaluer les prérequis des candidats. Ces recommandations ne constituent pas encore une loi, mais elles relancent le débat sur l’avenir du modèle universitaire public français. Sénat, Public Sénat

Cette perspective doit interpeller les gouvernements africains, particulièrement ceux des pays issus de l’ancien empire colonial français.

Étudier en France pourrait devenir encore plus difficile

Pendant plusieurs décennies, la France a représenté une destination universitaire privilégiée pour de nombreux étudiants africains francophones. Mais ce parcours devient progressivement plus coûteux et plus sélectif.

Aux droits d’inscription peuvent s’ajouter le logement, les transports, l’alimentation, l’assurance, les démarches administratives et les ressources minimales exigées pour obtenir un visa étudiant. Pour de nombreuses familles africaines, financer plusieurs années d’études en France représente déjà un sacrifice considérable.

Si les recommandations sénatoriales étaient appliquées, elles pourraient accentuer les inégalités entre les étudiants disposant de ressources suffisantes et ceux issus de familles modestes. Les étudiants étrangers hors Union européenne pourraient être particulièrement exposés à cette évolution, selon les modalités finalement retenues.

L’Afrique doit donc regarder cette réforme non comme un simple débat intérieur français, mais comme un avertissement stratégique.

Le diplôme français ne peut plus être l’unique horizon

Nos États ne peuvent pas continuer à organiser l’avenir de leur jeunesse autour de l’espoir d’un départ vers Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse ou Montpellier.

La France reste un partenaire universitaire important. Elle possède des établissements reconnus, des laboratoires de recherche et une longue tradition académique. Mais aucun pays africain ne devrait dépendre durablement d’un système universitaire étranger pour former ses médecins, ingénieurs, enseignants, agronomes, chercheurs, informaticiens et cadres supérieurs.

La coopération internationale doit compléter les capacités africaines, non se substituer à elles.

La question centrale n’est donc pas de savoir si la France a le droit de réformer le financement de ses universités. Elle consiste à se demander pourquoi tant de pays africains, plusieurs décennies après les indépendances, ne disposent toujours pas d’un nombre suffisant d’universités modernes, de laboratoires performants, de bibliothèques accessibles et de filières adaptées à leurs besoins.

La France affronte elle-même une crise éducative

Le débat universitaire français intervient dans un contexte marqué par des difficultés persistantes dans la maîtrise de la lecture, de l’écriture et des mathématiques.

Il serait inexact d’affirmer que tous les élèves arrivant en sixième ne savent pas lire. En revanche, les évaluations nationales montrent régulièrement qu’une partie importante des élèves entre au collège avec une maîtrise fragile des compétences fondamentales.

Cette situation exerce ensuite une pression sur toute la chaîne éducative : collèges, lycées et universités doivent accompagner des élèves et des étudiants dont les acquis sont parfois insuffisants.

La France cherche donc légitimement des solutions à ses propres difficultés éducatives et budgétaires. Les gouvernements africains doivent comprendre qu’elle ne pourra pas indéfiniment absorber une part croissante de la demande d’enseignement supérieur venue du continent.

Construire des universités africaines adaptées aux réalités africaines

La réponse ne consiste pas seulement à ouvrir quelques bâtiments portant le nom d’« université ». Il faut créer de véritables écosystèmes de formation, de recherche et d’innovation.

Les États africains doivent investir durablement dans :

·         la construction et la modernisation des campus ;

·         la formation, le recrutement et la rémunération des enseignants-chercheurs ;

·         les bibliothèques physiques et numériques ;

·         les laboratoires scientifiques et technologiques ;

·         les résidences et restaurants universitaires ;

·         les universités numériques et l’enseignement à distance ;

·         les filières techniques, agricoles, médicales et industrielles ;

·         les partenariats entre universités, entreprises et centres de recherche ;

·         la mobilité universitaire entre pays africains ;

·         le financement de la recherche consacrée aux priorités du continent.

L’Afrique ne manque ni d’intelligence, ni de jeunesse, ni de potentiel scientifique. Elle manque surtout d’investissements cohérents, d’infrastructures durables et d’une volonté politique inscrite dans le temps long.

Former en Afrique pour répondre aux besoins du continent

Construire davantage d’universités en Afrique ne signifie pas reproduire mécaniquement les modèles européens. Les formations doivent répondre aux réalités locales et aux ambitions de développement du continent.

L’Afrique a besoin de spécialistes de l’agriculture tropicale, de la transformation alimentaire, de la santé publique, de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité, de l’énergie, de l’eau, des mines, du climat, de l’urbanisme et de l’industrialisation.

Elle doit également former des historiens, des linguistes, des journalistes, des juristes et des chercheurs capables de produire des connaissances depuis l’Afrique, sur l’Afrique et au service de ses populations.

Une université souveraine n’est pas une université isolée du monde. C’est une institution capable de coopérer avec les autres sans perdre la maîtrise de ses priorités, de ses programmes et de ses savoirs.

Mettre fin à la fuite des cerveaux

Lorsque les meilleurs étudiants quittent leur pays faute de formations adaptées, beaucoup ne reviennent pas. Ce choix individuel est compréhensible, mais ses conséquences collectives sont considérables.

Les pays africains financent l’enseignement primaire et secondaire de leurs jeunes, puis voient une partie de leurs talents achever leur formation et construire leur carrière à l’étranger. Dans le même temps, les administrations, les hôpitaux, les universités et les entreprises africaines manquent de professionnels qualifiés.

Créer des établissements performants sur le continent permettrait de conserver davantage de compétences, d’attirer des chercheurs de la diaspora et de renforcer les économies locales.

Aux dirigeants africains : l’université est une infrastructure de souveraineté

Une nation qui ne maîtrise pas la formation de sa jeunesse dépend nécessairement des priorités, des capacités et des décisions des autres.

Les pays africains issus de l’ancien empire colonial français doivent entendre le message envoyé par ce débat : les conditions d’accès aux universités françaises peuvent changer à tout moment. Elles dépendent des choix politiques, économiques et budgétaires de la France, non des besoins démographiques de l’Afrique.

Il est temps d’inscrire la construction d’universités, de laboratoires et de centres de recherche parmi les grandes priorités nationales, au même titre que les routes, les ports, l’énergie et les télécommunications.

L’université ne doit plus être considérée comme une dépense secondaire. Elle constitue une infrastructure stratégique, un instrument de développement et un pilier de souveraineté.

L’Afrique doit former en Afrique les bâtisseurs de son avenir

Le rapport sénatorial français doit servir d’électrochoc.

L’Afrique comptera une part croissante de la jeunesse et de la main-d’œuvre mondiales. Sans universités solides, cette puissance démographique risque de devenir une immense frustration sociale. Avec une éducation de qualité, elle peut devenir le moteur d’une transformation économique, scientifique et culturelle sans précédent.

Nos États doivent construire, financer et protéger leurs universités. Ils doivent faire confiance aux enseignants africains, mobiliser les compétences de la diaspora et offrir aux jeunes la possibilité d’étudier dignement sur leur propre continent.

L’avenir de l’Afrique ne peut pas dépendre uniquement des places disponibles dans les universités françaises.

Il doit se construire à Dakar, Libreville, Abidjan, Yaoundé, Bamako, Cotonou, Lomé, Conakry, Brazzaville, Kinshasa et dans toutes les villes africaines où une jeunesse attend les moyens d’apprendre, de chercher, d’innover et de servir son pays.

Former notre jeunesse en Afrique, c’est préparer notre souveraineté.

RADIOTAMTAM AFRICA — La Parole est une Force.

Cliquez ici pour soutenir notre travail.
Votre don mensuel de 2 € est notre force.

 Vous avez une information à partager ou une question ?

➤ Répondez à ce message et discutons-en.

 Contacter RADIOTAMTAM AFRICA

 OFFRE RADIOKING – PARTENAIRE DE RADIOTAMTAM AFRICA 

RADIOTAMTAM AFRICA vous partage une offre exceptionnelle proposée par notre partenaire RadioKing !

C’est le moment idéal pour lancer votre propre radio en ligne, moderniser votre site web radio, ou renforcer votre diffusion audio et podcast à moindre coût.

 PROFITEZ DE L’OFFRE MAINTENANT
Avant de continuer, promets-moi de t'abonner à la chaîne d'actualité RADIOTAMTAM AFRICA :

Cliquez ici