Actualités Radio TAMTAM AFRICA Le Gnome : Celui qui fait trembler la mort | Podca 1
Par Félicité Amaneyâ Râ VINCENT
RADIOTAMTAM AFRICA
Vent sourd.
Lointains battements graves.
Une nappe mystique très lente.
Bruits discrets de bois ancien qui craque.
Un souffle profond, presque cérémoniel.
Et si le véritable pouvoir…
n’était pas de gouverner…
mais de durer au-delà du temps ?
Et si le plus grand malheur d’un peuple…
n’était pas la guerre…
ni la pauvreté…
ni même l’injustice…
Mais l’installation d’un vide…
au centre même de l’État ?
Voici l’histoire…
non d’un homme…
mais d’une présence.
Non d’un destin…
mais d’une malédiction politique.
Voici la chronique de…
Celui-Qui-Fait-Trembler-La-Mort.
2. INTRO ÉDITORIALE
Bonjour à toutes et à tous.
Vous êtes à l’écoute de RADIOTAMTAM AFRICA.
Je suis Félicité Amaneyâ Râ VINCENT,
journaliste indépendante, éditorialiste,
fondatrice de RADIOTAMTAM AFRICA.
Dans cette chronique immersive,
nous entrons dans un récit sombre, symbolique, presque rituel.
Un texte qui interroge le pouvoir absolu,
la stérilité historique,
la confiscation du destin collectif,
et cette étrange capacité de certains systèmes
à survivre…
en épuisant tout ce qui vit autour d’eux.
Ce que vous allez entendre n’est pas une biographie.
C’est le registre d’un vide.
Le portrait d’une présence qui ne construit rien,
mais qui dure.
Qui ne féconde rien,
mais qui occupe tout.
3. CHAPITRE I — LE NOM DE LA MALÉDICTION
Dans le village d’Ebakoa,
au cœur d’un pays Ekang d’Afrique centrale,
la venue de l’enfant ne fut pas accueillie comme une promesse.
Elle fut reçue… comme un trouble.
Son père, homme de tempérament court,
n’attendait pas un héritier.
Il n’attendait rien.
Il voulait un monde sans continuité.
Un monde sans relais.
Un monde sans fils.
Quand l’enfant naquit,
le père regarda dans le berceau
et ne vit pas un nourrisson.
Il vit…
une ombre portant de la peau.
Le jour du nom,
la mère tourna le dos à la lignée du père.
Elle descendit dans le puits ancien de sa propre mémoire.
Elle prit un nom venu de très loin,
un nom arraché aux profondeurs de l’ascendance maternelle.
Un nom signifiant :
long séjour.
Pas une bénédiction.
Pas une promesse de vie.
Non.
Une condamnation à durer.
Elle le murmura à l’oreille de l’enfant
comme on prononce une phrase contre le destin.
Et tandis qu’elle parlait,
le père, silencieusement,
souhaitait au garçon la vie la plus courte possible.
4. CHAPITRE II — LE SACREMENT RÉTICENT
Le rejet du père fut bientôt imité par le rejet du divin.
Quand vint l’heure du baptême,
le prêtre du village,
le père Jean de Dieu,
un homme qui avait survécu aux lions
et à la variole,
devint pâle
en voyant approcher l’enfant.
Ses mains tremblaient.
Sa gorge se serra.
Et devant la cuve baptismale,
il murmura :
VOIX OFF QUOTATION — plus faible, plus tremblante
« Je ne peux pas…
L’eau recule.
Il y a ici une présence…
qui précède la Chute. »
Mais la mère refusa le refus.
Elle cria.
Un cri viscéral.
Un cri qui fit trembler les murs.
Elle força le prêtre à reculer jusqu’au tabernacle
et lança, dans l’air chargé d’effroi :
« Baptise-le…
ou je brûlerai cette maison de bois et de pierre
avec le feu dans mes poumons. »
Alors, à contrecœur,
le prêtre leva l’hysope.
L’eau toucha le front de l’enfant.
Mais elle ne perla pas.
Elle ne coula pas.
Elle s’évapora.
Dans un sifflement doux.
Affamé.
Ce jour-là,
la rumeur commença.
On dit que le prêtre avait compris une chose :
ce garçon n’était pas seulement visité par les ténèbres.
Les ténèbres…
s’y étaient installées.
5. CHAPITRE III — LE FLÉAU DE SAINT-JUDE
À l’âge scolaire,
Angong Mebenga ne se distinguait ni par la violence,
ni par l’agitation.
Son pouvoir était pire.
Il restait immobile.
Et autour de lui,
tout se décomposait.
Le directeur de l’Académie Saint-Jude,
monsieur Pierre Oyé,
homme pieux, respecté, solide,
refusa d’abord son admission.
Il regarda l’enfant dans les yeux…
et n’y vit pas un élève.
Il y vit un vide.
Un vide épistémique.
« Je ne laisserai pas mon école
être capturée par les forces obscures
qui rôdent en ce garçon.
Il y a un gel en lui
qui tuera la récolte de l’apprentissage. »
Mais il céda.
Et ce fut sa dernière grande erreur.
Dans la classe,
les enseignants perdaient leurs repères.
Leur mémoire se vidait.
L’alphabet se dissolvait dans leurs bouches.
Les leçons devenaient brume.
Certains oubliaient même les noms de leurs propres enfants.
Un à un,
les meilleurs éducateurs partirent.
Ils fuyaient la présence assise au dernier rang.
Lui ne faisait rien.
Il était là.
Et cela suffisait.
Six mois plus tard,
monsieur Oyé fut retrouvé mort à son bureau.
Aucune cause médicale.
Aucune blessure.
Aucune explication.
Son cœur…
avait simplement cessé d’essayer.
6. CHAPITRE IV — DE L’ÉCOLE AU POUVOIR
Ce qu’il apprit à l’école,
il le perfectionna dans l’État.
Absorber.
Vider.
Paralyser.
Régner.
Devenu président du Yangalang,
Celui-Qui-Fait-Trembler-La-Mort ne gouverna pas comme un bâtisseur.
Il gouverna comme un prédateur du temps.
Il transforma la démocratie en décor.
Les élections en théâtre.
Les institutions en accessoires.
Et le peuple…
en spectateur épuisé de sa propre dépossession.
Il n’avait pas besoin de convaincre.
Il suffisait de contrôler l’arbitre,
de distribuer les bulletins,
de régler à l’avance le résultat.
Sous son règne,
une élection n’était plus un choix.
C’était une liturgie truquée.
7. CHAPITRE V — LE PAYS DE “ON ATTEND”
Alors le peuple entra dans l’attente.
Pas l’espérance.
L’attente.
Une attente lourde.
Élastique.
Usante.
Le Yangalang devint le pays de « on attend ».
On attend le changement.
On attend la justice.
On attend l’eau.
On attend l’électricité.
On attend les salaires.
On attend le vote.
On attend demain.
Mais demain n’arrive jamais.
C’est ainsi que naît la défaite profonde d’une nation :
quand le corps social ne proteste même plus,
quand la fatigue devient culture,
quand la résignation devient langage.
8. CHAPITRE VI — LE CHEF VAMPIRE
Pendant que le pays se défaisait,
lui persistait.
Routes détruites.
Bâtiments en ruine.
Hôpitaux vides.
Écoles fanées.
Poubelles à ciel ouvert.
Pauvreté installée.
Mais au sommet,
une élite mangeait.
Une garde d’ombre protégeait le silence du palais.
Et le chef…
demeurait.
On le disait vampire.
Non parce qu’il mordait.
Mais parce qu’il survivait
en prenant à tous
ce qu’il ne produisait jamais lui-même.
La jeunesse perdait sa force.
Le pays perdait sa lumière.
Et lui…
semblait rajeunir dans l’ombre.
9. CHAPITRE VII — LE REJET DU SACRÉ ET DE L’ENFER
À l’approche de son centenaire,
il voulut une fin digne d’un règne interminable.
Il demanda la bénédiction.
Le sacré recula.
Il demanda l’initiation.
Les ténèbres hésitèrent.
Il convoqua même l’enfer.
Mais l’enfer lui-même…
refusa.
« L’enfer n’a pas de place pour toi.
Tu es plus Satan que moi.
Si je te prends,
tu éteindras les feux de la Fosse
avec ton ennui. »
Alors il comprit l’horreur suprême :
Il n’était pas un damné.
Il était un excès.
Un être que ni le ciel, ni l’enfer,
ni les hommes,
ne savaient plus recevoir.
10. CHAPITRE VIII — L’HOMME QUE LA MORT FUIT
À quatre-vingt-dix-neuf ans,
il partit au Bord du Monde.
Il voulait rencontrer la Mort.
Il la trouva sous la forme d’une silhouette maigre,
en costume clair,
préparant une valise.
Il dit :
« Prends-moi. »
Et la Mort répondit :
« Je prends ceux qui ont vécu.
Ceux qui ont souffert.
Ceux qui ont aimé.
Ceux qui ont péché.
Mais toi…
tu as seulement suspendu le monde.
Tu as transformé ton peuple en maigrelettes
pour garder ta peau douce.
Si je te touche,
je serai contaminée par ta stérilité. »
Alors la Mort prit sa valise…
et se mit à courir.
Oui.
La Mort fuyait.
Elle fuyait l’homme
que même la fin
ne pouvait accueillir.
11. CONCLUSION — L’ANCÊTRE INFINI
Il retourna donc sur son trône.
Et il attendit.
Les années passèrent.
Puis les décennies.
Puis les siècles.
Sa peau devint monument.
Sa respiration, mécanisme.
Sa présence, musée.
Autour de lui,
le pays se vida.
Les rêves se retirèrent.
Les routes oublièrent leur destination.
Les peuples oublièrent jusqu’à la forme de l’élan.
Et lui resta là.
Statue vivante.
Ancêtre infini.
Victoire absolue contre le changement.
Mais cette victoire
était la punition.
Car rester…
sans jamais pouvoir finir…
est peut-être la plus terrible des condamnations.
Le véritable pouvoir n’était donc pas de vivre.
Ni de gouverner.
Ni de convaincre.
Le véritable pouvoir…
était de bloquer le temps.
Et sa plus grande malédiction…
était de ne jamais pouvoir s’arrêter.
12. OUTRO RADIOTAMTAM AFRICA
Vous venez d’écouter
Le Gnome : Celui qui fait trembler la mort,
une chronique écrite et interprétée pour RADIOTAMTAM AFRICA.
Je suis Félicité Amaneyâ Râ VINCENT,
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fondatrice de RADIOTAMTAM AFRICA.
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