Radio TAMTAM AFRICA Les genres musicaux africains à suivre en 2026 Les genres musicaux africains à suivre en 2026 23 janvier 2026
23 janvier 2026 - 20:53 - 138vues
Les genres musicaux africains à suivre en 2026
Par Félicité Amaneyâ Râ Vincent
Innovations sonores, identités culturelles et nouvelles frontières créatives
La scène musicale africaine confirme, en 2026, sa place de laboratoire mondial de l’innovation sonore. À la croisée des traditions locales, des cultures urbaines et des technologies numériques, de nouveaux genres émergent, portés par des jeunesses créatives qui transforment la musique en outil d’affirmation culturelle, sociale et politique.
De l’Afrique australe à l’Afrique du Nord, en passant par l’Afrique de l’Ouest, ces mouvements racontent chacun une histoire de résilience, de fierté linguistique et de reconquête narrative.
1. Lekompo – Afrique du Sud
La nouvelle conscience électronique du Limpopo
Né en Afrique du Sud, le Lekompo s’impose comme l’un des genres électroniques les plus singuliers du moment. Héritier du Bolobedu house, du tsa manyalo (musique festive des mariages villageois) et de l’électro Shangaan, il dialogue aussi avec des esthétiques plus connues comme le gqom et l’amapiano.
Ce qui distingue le Lekompo n’est pas seulement sa vitesse ou son énergie brute, mais son attitude politique et sociale. Les textes expriment les réalités locales, les frustrations de la jeunesse et une conscience collective assumée.
Parmi les figures marquantes du mouvement :
· Shebeshxt, figure controversée mais centrale,
· Makhadzi, dont la trajectoire témoigne d’une discipline artistique remarquable,
· Kharishma, nouvelle voix montante.
Initialement régional, le genre est devenu national entre 2023 et 2024, porté par des collaborations structurantes. L’enjeu de 2026 sera clair :
???? rester une avant-garde locale ou franchir le cap continental, comme l’a fait l’amapiano.
2. Krio Fusion – Sierra Leone
Quand la langue devient stratégie musicale
Le Krio Fusion incarne une dynamique fondamentale de la musique africaine contemporaine : chanter dans sa langue pour exister globalement.
Ce genre hybride mêle :
· musiques traditionnelles sierra-léonaises (bubu, gumbay),
· afrobeats, afropop et hip-hop ouest-africains,
· et surtout la langue krio, pilier identitaire du mouvement.
Des artistes comme ApreeL ou Driziik illustrent la plasticité du genre : tantôt dansant, tantôt narratif, toujours profondément local.
Le Krio Fusion ne se contente pas d’un son : il porte un message politique et culturel.
Il affirme que la croissance musicale de la Sierra Leone ne viendra pas de l’extérieur, mais de ses propres langues et récits.
Déjà repéré par des figures majeures de l’industrie ouest-africaine, le genre pourrait devenir la prochaine frontière musicale régionale.
3. Way-Way – Algérie
Le raï à l’ère de l’hyper-numérique
Le Way-Way donne l’impression d’une musique pré-révolutionnaire.
Synthés agressifs, batteries massives, voix saturées d’autotune : le genre fusionne le raï populaire algérien avec les codes du hip-hop global et des esthétiques électroniques radicales.
Historiquement, le raï — né à Oran — est la musique de l’« opinion ». Le Way-Way prolonge cette fonction en l’adaptant à la culture internet, au DIY et à la diffusion directe via YouTube et les réseaux sociaux.
Le producteur Zouj résume bien l’esprit du genre :
invisible dans les médias traditionnels, mais dominant dans les usages numériques.
Le Way-Way ne cherche pas la validation institutionnelle. Il impose sa propre logique : immédiateté, intensité, circulation virale.
4. Bacardi House – Afrique du Sud
La revanche souterraine des townships
Née dans les townships de Pretoria au milieu des années 2000, la Bacardi House (ou lezenke) est une musique de rupture.
Minimaliste, rapide, brute, elle s’est construite en réaction au kwaito devenu trop institutionnel.
Portée initialement par des figures comme Mujava et le regretté Spoko, la Bacardi House a longtemps prospéré dans l’underground : écoles, taxis collectifs, fêtes informelles.
Loin de disparaître, elle a réémergé dans les années 2020, intégrée par de nouveaux artistes et réappropriée par les réseaux sociaux. En 2026, elle apparaît comme un socle historique sur lequel se reconstruisent les nouvelles esthétiques électroniques sud-africaines.
Conclusion
Une Afrique musicale souveraine
Ces genres ont un point commun :
ils ne demandent pas la permission d’exister.
Ils prouvent que la musique africaine contemporaine n’est ni une copie, ni une tendance passagère, mais un espace de souveraineté culturelle, où langues, traditions et technologies s’entrelacent pour produire du sens, du rythme et du pouvoir symbolique.
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