AFRIQUE2050 Rwanda : La faillite française sur Le rapport Duclert éclaire

02 avril 2021 à 19h10 - 505 vues
Le Président français François Mitterrand, en visite officielle au Rwanda, et le président rwandais Juvénal Habyarimana, le 7 octobre 1982. Selon le rapport Duclert, les deux hommes entretenaient « une relation forte, personnelle et directe ». • PIERRE GUILLAUD / AFP

Par RadioTamTam

C'est un rapport de près 1000 pages, ce document décortique la responsabilité des autorités françaises dans le génocide rwandais, qui a fait près de un million de morts en 1994, relance le débat sur les pratiques obscures de la diplomatie en Afrique.

Plus de 990 pages (1 225, annexes comprises) et une bombe : « La recherche établit donc un ensemble de responsabilités, lourdes et accablantes. Les autorités françaises ont fait preuve d’un aveuglement, ces responsabilités sont politiques dans la mesure où continu dans leur soutien à un régime raciste, corrompu et violent, pourtant conçu comme un laboratoire d’une nouvelle politique française en Afrique introduite par le discours de La Baule. »


C’est la principale conclusion de la commission, présidée par l’historien chercheur Vincent Duclert, mandatée par Emmanuel Macron pour faire la lumière sur le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994. Pendant deux ans, 14 historiens ont eu accès à « l’ensemble des fonds d’archives français concernant le Rwanda », dont ceux du Service historique de la Défense.
Le Rwanda, qui s’apprête à commémorer, le 7 avril, le génocide des Tutsis s’est félicité de la publication de ce rapport, qui constitue « un pas important vers une compréhension commune du rôle de la France ». Une question que nous pouvons se poser quelles leçons collectives pouvons-nous tirer de cet échec sanglant de la politique française en Afrique ?

En finir avec les méthodes de la Françafrique
C’est l’une des principales anomalies soulevées par les chercheurs de la commission Duclert : la confiscation du dossier par le président de la République française de l’époque, François Mitterrand. L’homme entretenait « une relation forte, personnelle et directe » avec son homologue de Kigali Juvénal Habyarimana, selon les enquêteurs.

La relation sans filtre entre les deux chefs d’État va empêcher toute analyse objective de la situation. Un réseau parallèle de communication non réglementé est même mis en place à l’Élysée. Ainsi le Président contournera les ministères et des administrations figurant dans les chaînons habituels de la prise de décision.

« François Mitterrand avait une demande originelle et personnelle »

Une organisation parallèle qui, dès le 9 avril 1994, a permis d’exfiltrer des génocidaires comme Agathe Habyarimana, la veuve du président rwandais (assassiné le 6 avril 1994), qui rassemblait autour d’elle un noyau dur d’extrémistes hutus appelé l’Akazu (« petite maison », en kinyarwanda). C’était « une demande originelle et personnelle de François Mitterrand », écrivent les auteurs du rapport.

Cette connivence au sommet n’est pourtant pas inédite. Peu à peu, la pratique est devenue emblématique des méthodes de la Françafrique, expression qui désigne les relations troubles nouées entre Paris et les anciennes colonies africaines.
On se souvient notamment du lien entre Valéry Giscard d’Estaing et Jean-Bedel Bokassa, le mégalomane Président centrafricain, et des multiples amitiés africaines de Jacques Chirac. Et aujourd’hui ? Emmanuel Macron l’a affirmé lors de son voyage officiel au Burkina Faso en 2017 : le temps de la Françafrique est révolu. Mais avant lui François Hollande et même Nicolas Sarkozy avaient tenu le même discours…

Sortir de la lecture « ethniciste » des conflits


Lors du sommet franco-africain du 20 juin 1990 à La Baule, François Mitterrand inaugure la nouvelle politique de la France en Afrique. Le Rwanda doit en être le laboratoire. La vision française pour le pays des mille collines se résume alors à un soutien indéfectible au régime hutu, seul camp légitime selon Paris car représentant la majorité des Rwandais. La contrepartie ? Une promesse de démocratisation du pays, qui est pourtant déjà peu probable à l’époque.

Les Tutsis sont considérés comme les ennemis et qualifiés de « menace extérieure ». « La France a adopté un schéma binaire opposant d’une part l’ami hutu, incarné par le Président Habyarimana, et de l’autre, l’ennemi qualifié d’“ougando-tutsi” pour désigner le FPR (Front patriotique rwandais) », écrivent les chercheurs de la commission Duclert. Cette vision ethnique va devenir l’unique grille de lecture de la problématique rwandaise.

Une même langue parlée par tous les Rwandais
C’est d’autant plus absurde qu’il n’y a pas, à proprement parler, d’ethnie au Rwanda. Le kinyarwanda est une seule langue que tous les Rwandais parlent . Ce sont les colons belges puis français qui ont « classé » les populations en assimilant de prétendues différences physiques à des positions socio-économiques.

Les années précédant le génocide, cette vision fallacieuse est accentuée par la façon dont sont traitées à Paris les informations (rapports des renseignements, notes diplomatiques, dépêches AFP…) arrivant du terrain. Toute l’administration française semble alors victime du fameux « biais de confirmation », cette propension du cerveau à prendre en compte davantage les informations qui corroborent nos croyances et nos opinions.

« Héritage de l’anthropologie coloniale »
« Des grilles primaires sont appliquées sur les documents, décrivent les membres de la commission. Celles émanant du régime d’Habyarimana et des forces armées rwandaises deviennent des preuves à l’appui de faits objectifs. Celles provenant du FPR ou de l’opposition rwandaise font aussitôt l’objet de soupçon voire de rejet par principe. »

Il n’est pas certain qu’on en ait terminé avec cette lecture simplifiée des enjeux internationaux, surtout pour ce qui concerne les conflits africains, 25 ans après. La guerre au Soudan du Sud a, par exemple, souvent été décrite comme un conflit entre Dinka et Nuer alors qu’il s’agissait d’une lutte entre élites pour l’accès au pouvoir.
Or, l’approche uniquement ethnique exclut toute analyse des événements ayant conduit au conflit et les « dépolitise ». Surtout, elle ne vient pas de nulle part : « La catégorisation des populations de façon identitaire est un héritage de l’anthropologie coloniale qui crée des groupes ethniques afin d’orienter le rapport de domination », explique ainsi le politologue Gabriel Périès, qui avec le journaliste David Servenay a publié en 2007 Une guerre noire, enquête sur les origines du génocide rwandais 1959-1994 (la Découverte).

Rompre avec la doctrine de la « guerre révolutionnaire »
C’est un aspect qui n’est pas abordé dans le rapport Duclert. Dans leur livre, David Servenay et Gabriel Périès décrivent ce qu’ils considèrent comme les causes profondes du génocide. Comment à partir du coup d’État de 1973 et de l’arrivée au pouvoir de Juvénal Habyarimana, la France a insufflé au Rwanda un savoir-faire bien particulier, celui de « la doctrine de la guerre révolutionnaire ». Des techniques de contre-insurrection théorisées par deux Français dans les années 1950, le colonel Lacheroy et le général Hogard, qui ont été mises en pratique pendant la guerre en Algérie ou en Argentine.
« Les principaux axes de cette doctrine sont : la catégorisation des populations de façon identitaire, l’état d’exception permanent, le quadrillage territorial avec un contrôle resserré de la population, le continuum entre l’armée et les forces de police et de gendarmerie, et enfin la guerre et l’action psychologique, avec surtout l’usage de la peur contre un prétendu ennemi intérieur », explique le politologue Gabriel Périès.

Un retour inquiétant dans les états-majors
Une guerre « par le peuple et dans le peuple », qui selon le chercheur, serait potentiellement génocidaire : « Ce qui s’est passé au Rwanda est l’aboutissement logique de cette doctrine car elle repose sur la notion de guerre totale et implique la guerre préventive sur les arrières du front. »

Or, loin d’être remise en question, cette doctrine revient en force dans les états-majors. « Celle-ci a même fait l’objet d’un article dans Le Cahier du Retex en juillet  2013, les cahiers de la doctrine officielle française, c’est très inquiétant. », conclut le politologue.

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